Orléans by Names : mémoire vive d’un graffiti oublié
- il y a 21 heures
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À l’heure où tout se numérise, où les images défilent et disparaissent aussi vite qu’elles apparaissent, certains projets prennent le contre-pied. Ils fouillent, collectent, archivent. Ils donnent du poids au passé.C’est exactement ce que propose Orléans by Names, un ouvrage qui s’impose déjà comme une pièce essentielle pour comprendre une scène aussi discrète qu’influente : celle du graffiti à Orléans.
Un livre né d’une urgence : ne pas laisser disparaître
Derrière ce projet, il y a d’abord une prise de conscience. Celle de la valeur des images. Des photos souvent oubliées dans des cartons, des boîtes à chaussures, ou des archives personnelles jamais montrées.
L’introduction du livre pose un constat simple mais puissant : une grande partie de ces clichés n’a jamais été rendue publique. Ils appartiennent à une époque analogique, à un moment où documenter relevait presque du hasard, et où conserver relevait de l’instinct.
Avec le recul, cette matière devient précieuse. Elle raconte une histoire que personne n’avait vraiment pris le temps d’écrire.
Documenter l’invisible
Ce qui rend Orléans by Names particulièrement intéressant, ce n’est pas seulement son sujet, mais son angle.Ici, pas de glorification superficielle du street art. Le projet s’attache à donner la parole aux acteurs de l’ombre : graffeurs inconnus du grand public, parfois même méconnus de leurs propres pairs.
L’ambition est claire : dresser une cartographie humaine et artistique d’une scène locale, sans prétendre à l’exhaustivité, mais avec une volonté d’authenticité.
Après plus de quatre années de recherche et d’archives, le livre reconstitue un réseau, une énergie collective, une époque.
Une scène locale, mais une histoire universelle
On pourrait penser qu’un livre centré sur une “petite ville” n’a qu’un intérêt limité. C’est tout l’inverse.
Car l’histoire du graffiti à Orléans reflète un phénomène global : l’importation de la culture hip-hop américaine en France dans les années 80, avec ses disciplines phares — rap, breakdance, DJing… et writing.
Dans ce contexte, le graffiti devient un langage. Une signature. Une manière d’exister dans l’espace urbain.
À Orléans, comme ailleurs, tout commence modestement. Quelques pionniers, une poignée de murs, une énergie brute. Puis le mouvement se diffuse, évolue, se structure… avant d’être récupéré, transformé, parfois édulcoré.
Entre vandalisme et culture
L’introduction du livre rappelle une réalité souvent oubliée aujourd’hui : à l’époque, pratiquer le graffiti, c’était prendre un risque.Pas de reconnaissance. Pas de marché. Pas d’“art urbain” institutionnalisé.
Juste une envie de peindre, souvent sur des supports interdits.
Certains n’y consacreront que quelques années. D’autres y laisseront une décennie, voire plus. Tous participent à cette histoire parallèle, écrite en marge des institutions.
Orléans, une “banlieue de la banlieue”
L’un des points les plus intéressants du récit est la position d’Orléans dans la géographie du graffiti français.
Située à proximité de Paris, la ville agit comme une extension indirecte de la capitale — une sorte de “banlieue de la banlieue”. Une zone d’influence, où les styles circulent, se transforment et se réapproprient.
Aujourd’hui encore, cette culture laisse des traces dans l’espace urbain, entre fresques contemporaines et héritage underground.
Un livre comme un album de famille
Plus qu’un simple ouvrage documentaire, Orléans by Names se lit comme un album intime.Chaque photo, chaque nom, chaque témoignage agit comme un fragment de mémoire.
L’auteur le revendique : ce livre est une vision personnelle. Un regard guidé par la passion, sans compromis.
Et c’est précisément ce qui fait sa force.
Pourquoi ce livre compte aujourd’hui
Dans un monde saturé d’images instantanées, ce projet rappelle une chose essentielle :la mémoire ne se construit pas toute seule.
Elle demande du temps, de la rigueur, et une vraie intention.
Avec Orléans by Names, une partie de l’histoire du graffiti français sort enfin de l’ombre — et s’inscrit durablement dans le paysage culturel.
Ouvrage de 464 pages, (format : 22 x 26 cm, papier couché satiné/ mat blanc Selena 130 g, reliure broché cousue collée, couverture rigide) disponible sur leur Bigcartel



